Le système international contemporain est marqué par une multiplication et une complexification des conflits armés. Selon le Uppsala Conflict Data Program (UCDP), plus de 55 conflits armés actifs ont été recensés dans le monde en 2024, soit le niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre froide.
Ces conflits ont contribué à porter le nombre de personnes déplacées dans le monde à plus de 120 millions, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
L’analyse des principaux foyers de tension montre que la conflictualité mondiale repose principalement sur trois dynamiques structurantes:
- les rivalités géopolitiques liées au pouvoir et au territoire
- les fractures identitaires d’ordre ethnique ou religieux
- les luttes politiques internes pour le contrôle de l’État.
Dans la pratique, la plupart des conflits contemporains combinent ces trois dimensions.
I- Les conflits géopolitiques: Rivalités de puissance, territoires et équilibres stratégiques
Les conflits géopolitiques opposent principalement des États autour de questions territoriales, sécuritaires ou d’influence régionale. Ils ont souvent des répercussions sur l’ensemble du système international.
- La guerre entre la Russie et l’Ukraine
Le conflit entre la Russie et l’Ukraine constitue aujourd’hui le principal conflit interétatique en Europe. La crise débute en 2014 avec l’annexion de la Crimée par la Russie et l’insurrection séparatiste dans le Donbass. Elle se transforme en guerre ouverte avec l’invasion russe du 24 février 2022.
Les estimations occidentales évoquent plus de 500 000 victimes militaires et civiles cumulées depuis le début de l’invasion. Environ 10 millions de personnes ont été déplacées, dont près de 6 millions de réfugiés en Europe.
Ce conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Il s’inscrit dans une confrontation stratégique plus large entre la Russie et les pays occidentaux, notamment à travers le rôle de l’OTAN, qui a renforcé son soutien militaire et financier à l’Ukraine.
La guerre a également entraîné une reconfiguration énergétique majeure en Europe, notamment par la réduction drastique des importations de gaz russe.
- La rivalité stratégique autour de Taïwan
La tension entre la Chine et Taïwan représente l’un des principaux risques de conflit majeur au XXIᵉ siècle. Taïwan compte environ 23 millions d’habitants et possède une importance économique mondiale disproportionnée. L’île produit plus de 60 % des semi-conducteurs avancés utilisés dans l’économie mondiale.
Le détroit de Taïwan constitue également une route maritime essentielle par laquelle transite près de 40 % du commerce mondial de conteneurs.
Pour Pékin, Taïwan reste une province devant être réunifiée avec la Chine. À l’inverse, les autorités taïwanaises défendent leur autonomie politique et bénéficient du soutien stratégique des États-Unis et de plusieurs partenaires occidentaux.
- La rivalité Inde–Pakistan au Cachemire
Depuis la partition de l’Empire britannique des Indes en 1947, l’Inde et le Pakistan s’opposent sur la souveraineté du Cachemire. Cette région montagneuse compte environ 14 millions d’habitants et demeure l’une des zones les plus militarisées du monde.
Les deux États possèdent chacun environ 160 ogives nucléaires, ce qui confère à cette rivalité une dimension stratégique globale. Bien que les affrontements directs soient aujourd’hui plus limités, la question du Cachemire reste un facteur permanent d’instabilité en Asie du Sud.
II- Les conflits identitaires: Fractures ethniques, religieuses et nationales
De nombreux conflits trouvent leur origine dans des divisions historiques entre communautés, souvent exacerbées par des facteurs politiques ou économiques.
- Le conflit israélo-palestinien
Le conflit entre Israël et les Palestiniens constitue l’un des plus anciens conflits contemporains. Il remonte à la création de l’État d’Israël en 1948 et oppose deux projets nationaux concurrents sur un même territoire.
Aujourd’hui, environ 9,8 millions d’habitants vivent en Israël, tandis que la population palestinienne totale dépasse 5,5 millions de personnes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, la guerre dans la bande de Gaza a provoqué une crise humanitaire majeure.
Les estimations de l’ONU évoquent plus de 35 000 morts palestiniens et plus de 1,7 million de déplacés internes dans un territoire comptant environ 2,2 millions d’habitants. Au-delà des dimensions territoriales, le conflit est également chargé d’une dimension religieuse liée au statut de Jérusalem.
- Les conflits ethniques au Myanmar
Depuis le coup d’État militaire de 2021, le Myanmar est plongé dans une guerre civile complexe opposant l’armée à une coalition de groupes armés ethniques et de forces pro-démocratie.
Le pays compte plus de 135 groupes ethniques reconnus officiellement, dont plusieurs disposent de milices armées. Le conflit a provoqué plus de 2 millions de déplacés internes et une détérioration rapide de la situation humanitaire.
- Les tensions ethniques en Éthiopie
L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 120 millions d’habitants, repose sur un système politique fondé sur le fédéralisme ethnique.
La guerre du Tigré, entre 2020 et 2022, a provoqué l’un des conflits les plus meurtriers du XXIᵉ siècle. Les estimations évoquent 300 000 à 600 000 morts, incluant les combats, la famine et les conséquences humanitaires. Bien qu’un accord de paix ait été signé en 2022, les tensions entre régions restent élevées.
III- Les conflits politiques internes: Luttes pour le pouvoir et fragilité institutionnelle
Dans de nombreux États fragiles, les conflits résultent d’une crise de gouvernance ou d’une compétition violente pour le contrôle de l’appareil d’État.
- La guerre civile au Soudan
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre entre l’armée régulière et les Rapid Support Forces (RSF). Le pays compte environ 48 millions d’habitants, et le conflit a déjà provoqué plus de 8 millions de déplacés, ce qui constitue l’une des plus grandes crises humanitaires actuelles.
La lutte pour le pouvoir s’accompagne également d’un contrôle stratégique des ressources aurifères du pays, notamment dans la région du Darfour.
- La guerre civile au Yémen
Le conflit au Yémen oppose depuis 2015 le gouvernement reconnu internationalement aux rebelles Houthis. La guerre a provoqué plus de 370 000 morts selon les estimations des Nations unies et plongé une grande partie de la population dans une crise humanitaire majeure.
Plus de 20 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire dans un pays comptant environ 34 millions d’habitants. Le conflit est également influencé par la rivalité régionale entre l’Iran et l’Arabie saoudite.
- Les violences dans l’est de la RDC
L’est de la République démocratique du Congo constitue l’un des conflits les plus persistants du continent africain. La région des Grands Lacs abrite de nombreux groupes armés, dont le mouvement M23.
La RDC possède d’importantes ressources stratégiques — notamment cobalt, coltan et cuivre — essentielles à l’industrie mondiale des technologies et des batteries. Le pays compte aujourd’hui plus de 6 millions de déplacés internes, l’un des niveaux les plus élevés au monde.
Conclusion : une conflictualité mondiale de plus en plus systémique
L’analyse des conflits contemporains met en évidence trois grandes tendances structurelles.
Premièrement, le retour des rivalités entre grandes puissances redonne une dimension géopolitique forte aux conflits internationaux, comme l’illustrent la guerre en Ukraine ou les tensions autour de Taïwan.
Deuxièmement, la fragilité institutionnelle de nombreux États favorise l’émergence de conflits internes prolongés, particulièrement en Afrique et au Moyen-Orient.
Troisièmement, les identités ethniques ou religieuses continuent d’être mobilisées dans des conflits où les dimensions politiques et territoriales restent centrales.
La géographie de ces tensions dessine aujourd’hui trois arcs majeurs d’instabilité mondiale :
- l’Europe orientale
- le Moyen-Orient élargi
- l’arc africain allant du Sahel à la région des Grands Lacs.
Dans un système international marqué par la recomposition des rapports de puissance, ces zones constituent les principaux foyers de tension susceptibles d’influencer l’équilibre géopolitique mondial au cours des prochaines décennies.
Bureau de recherche Atlas Observer
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Observer.


